Pour information additionelles veuillez contacter
Mario Gagnon
mariog@audio-occasion.qc.ca
Critique du spectacle du 3 mai au Granada de Sherbrooke
La Tribune
Arts et spectacles, lundi 5 mai 2003
Walsh, le Grand Schtroumpf
Martin, Laura
Si fantôme il y a dans le Théâtre Granada, la nuit a dû être
bien courte pour lui, samedi soir. Parce que musique blues il y avait et
roi du genre au Québec y râlait.
Bob Walsh, accompagné de neuf musiciens aussi calés que
lui en matière d'azur, a livré une vingtaine de pièces couleur
mélancolie à une salle bien remplie. Une vingtaine d'immortelles et de
compos personnelles sorties des tripes, sorties du fond, sorties de là
où tout naît, surtout la douleur.
Bob Walsh, armé de sa Godin six-cordes quand même timide
dans les circonstances, était volcan. Tranquille, du dehors, mais
violent, du dedans. Si sa guitare tempêtait à peine, sa voix, elle, de
béton renforcé, mugissait à plein. Un peu plus et la lave lui
brûlait le dessus de la langue. Bob Walsh,
c'est ça. C'est le feu. Le feu du bleu.
Il n'est pas tout seul à pomper cette chaude sève. Ses musiciens et
son public, pareillement. Dans l'institution de la Wellington, n'avait
qu'une bande de daltoniens, résolus à ne voir que du bleu, à ne voir
les heures que dans des lunettes aux verres d'eau de mer. Une bande de
Schtroumpfs venus à l'oracle. Sans les maisons en champignons, mais
avec la boucane en jet, les éclairages satinés, la langueur plein les
tréteaux. Glauque, juste ce qu'il faut.
Volcan, bête et antistar
Première chanson. I Don't Need No Doctor. Le Grand Schtroumpf,
qui a bleu nuit la gorge et le coeur, impose la puissance de son cri et
la tendresse de son chant. Les sons sortent comme un mal, lancinant,
implacable. Les mots se libèrent avec une beauté qui frise la
souffrance. Bob Walsh est volcan et
bête.
Deuxième. The Thrill is Gone de B.B. King. Le thrill
commence. Au tour de l'harmoniciste Guy Bélanger d'épuiser son souffle.
Jusqu'à la fin, il tient à raison d'un solo par chanson. Infatigable,
il donne au centuple l'énergie que le géant au micro garde jalousement.
Bob est paresseux. La gymnastique de scène, pas son truc. Ça tombe
bien: Guy Bélanger se démène pour deux.
Troisième. La vibrante Ain't No Sunshine. Voilà que le
pianiste Jean-Fernand Girard, aussi chef d'orchestre, se décoince les
jointures pour le vrai. Les élans de ses doigts traînent parfois
jusqu'au jazz, mais reviennent aussitôt au bercail, au blues.
Après, Stormy Monday Blues, Buzzard Luck, House of
the Rising Sun et autres Je voudrais être noir,
s'enchaînent. La choriste Sylvie Desgroseillers impressionne. La
section de cuivres, le guitariste, le bassiste et le batteur ont chacun
leur minute de gloire. Ils passent tous avec un A++ leur test, à
gauche, à droite ou derrière le massif soliste.
Hold On I'm Comin et Hit the Road Jack figurent parmi les
dernières pièces de ce spectacle parfait. Parfait, oui. Bon, certains
esprits tatillons pourraient arguer que les propos du chanteur, entre
deux tuning faits sur scène, sont peu subtils. Vrai. Le chanteur
a même donné Ray Charles pour mort, après avoir repiqué ses accords.
Mais Bob Walsh, c'est ça aussi. Le
volcan et la bête et l'antistar.
Au total, le bluesman schtroumpfe un foutu bon spectacle.
lmartin@latribune.qc.ca
(c) 2003 La Tribune. Tous droits réservés.
Voici une critique de l'album "Blues" parue sur le site

Sélection disques
LE
MONDE (18/04/03)
Bob Walsh
BLUES
Actif
depuis la fin des années 1970, sur le circuit du blues au Québec, le
guitariste et chanteur BobWalsh n'a pourtant enregistré qu'une poignée de disques auxquels vient
aujourd'hui s'ajouter BLUES, au titre clair et direct. Avec ses complices réguliers (dont le
pianiste Jean-Fernand Girard, les guitaristes Christian Malette et
Christian Péloquin, le bassiste Jean Cyr, Guy Bélanger à l'harmonica,
que du bon) et quelques invités (Jeff Healey, Jimmy James...), Walsh
revisite plusieurs classiques du genre, avec une préférence pour ceux
qui ont été adoptés par la soul ou le r'n'b. Les
chœurs, cuivres et un quatuor à cordes densifient certains
arrangements avec inventivité (Hit The Road Jack, House of The
Rising Sun, Hold On I'm Coming, The Thrill is Gone...). Le
tout, solide, est porté par la voix expressive de Walsh, dont la
reprise de Je voudrais être noir, de Nino Ferrer, indique les
attaches.
S. Si.
www.lemonde.fr

PHOTO GRACIEUSETÉ DE CERJE TRUDEAU
